Film: Dancing Bodies of Water, projet de recherche-création dirigé par Béné Meillon
Ce film fait partie intégrante d’une exposition multimédia mêlant textes, photographie et vidéo-dance, accueillie en mars 2026 à la Parenthèse, à l’Université d’Angers, puis à la Bibliothèque Universitaire de Lettres de Nantes Université, mars-avril 2026.
Ce travail est adossé au programme de recherche Sea More Blue. Il est soutenu par l’Office Français de la Biodiversité, le 3 L.AM, l’Université d’Angers, l’Asssociation Choréactif, la SFR Confluences, La MSH Ange Guépin, La Région des Pays de la Loire, et le Programme de Recherche Prioritaire Océan & Climat.
Le texte “Staying Afloat,” par Béné Meillon, qui fait partie de l’exposition a paru dans le JSSE: https://journals.openedition.org/jsse/4822

Réalisé in situ et cherchant à mettre en lumière la chorégraphie multispécifique de l’Océan, ce travail puise dans différents écosystèmes aquatiques terraqués, soit à la lisière entre terre et mer. Il se nourrit en outre d’une variété d’imaginaires et de représentations, certains étant tirés d’entretiens menés sur une période de deux ans en France, le long du pourtour de l’Hexagone et dans certains bassins versants, ainsi que dans la région du Nord-ouest Pacifique, en Amérique du Nord.. Ce travail puise dans différents écosystèmes aquatiques terraqués, soit à la lisière entre terre et mer. Il se nourrit en outre d’une variété d’imaginaires et de représentations, certains étant tirés d’entretiens menés sur une période de deux ans en France, le long du pourtour de l’Hexagone et dans certains bassins versants, ainsi que dans la région du Nord-ouest Pacifique, en Amérique du Nord.
Des extraits de ces entretiens sont perlés au fil de la bande-sonore réalisée pour le film de vidéo-danse en même temps qu’ils ruissellent dans le texte « Staying Afloat », qui fait partie intégrante de cette exposition, et permettent ainsi de tresser différents types de discours exprimant nos rapports multiples avec l’Océan, certains relevant des savoirs scientifiques, d’autres traduisant des connaissances empiriques, et d’autres encore des représentations imaginaires ou poétiques. Notre travail tend de la sorte vers une kaléidoscopique et polyphonique de l’Océan, appréhendé d’une multiplicité de perspectives et tel un réservoir d’une myriade de formes de vie, de récits, et d’affects.
Le film, les photographies et le travail d’écriture sont ancrés dans trois écosystèmes très différents : 1) le Nord-ouest Pacifique, dans la région du détroit de Juan de Fuca, qui relie la péninsule Olympique tout au nord-ouest des États-Unis, et le Canada, de l’Ile de Vancouver à au Sud de la Colombie Britannique ; 2) l’Atlantique nord, à La Turballe, en pays de Guérande et appartenant historiquement à la Bretagne ; 3) la Méditerranée, dans des eaux chaudes et bleues de la Costa Brava, en Espagne. Cette richesse géographique, linguistique et écosystémique a permis de nouer des liens entre différents champs de recherche ainsi qu’entre des étendues d’eau très diverses, riches de spécificités locales, mais néanmoins reliées entre elles tant au sein de l’Océan et du climat planétaires que par la circulation des savoirs et des imaginaires.
Les paysages sonores enregistrés in situ et qui constituent certaines des nappes de la bande-son du film, en superposition aux voix humaines, donnent à entendre les voix de l’Océan, en complément des dimensions visuelles, kinesthésiques et haptiques investies dans ce travail. Ces textes révèlent en outre les parties invisibles des paysages sensibles et vivants que forment l’Océan et ses littoraux. Ces « paysages invisibles », pour reprendre le concept de Kent Ryden, naissent de nos « intra-actions » (Karen Barad) avec l’Océan ; en d’autres termes, leur relief sensible comprend l’expérience des humains qui habitent ces lieux et en vivent, ce dont le film offre une multitude d’échos. La bande-son attire également l’attention sur certains aspects de la biodiversité et de la santé de l’Océan que les scientifiques ont étudiés, et qui sont donc bien compris aujourd’hui, tandis qu’ils se soustraient largement au regard humain au quotidien.
En valorisant par des approches croisées certaines résonances entre Arts et Sciences, notre projet de recherche-création vise à rendre palpable la part de poésie qui se loge au cœur de la science et, inversement, la part de rationnel et la profondeur qui sous-tendent nos relations sensibles au vivant et se logent dans nos affects et nos imaginaires. Les danseureuses impliquées dans le projet rassemblent deux professionnel.le.s, deux amatrices, et une personne non-initiée à la danse. De même, tandis que le film a été monté par une professionnelle de la vidéo-danse, chacun.e d’entre nous est finalement passé.e de l’un et l’autre côté de la caméra tant pour la danse que pour les prises de vue. Par ailleurs, si chacun et chacune arrivait dans ce projet avec des formations et des bagages différents, nous avons toutefois fait nos débuts ensemble s’agissant d’apprendre à danser et filmer à la fois dans et avec l’Océan.
Les séquences retenues dans la vidéo-danse reposent sur un travail consistant à improviser avec l’Océan, en s’inspirant notamment de techniques de danse-contact. Nous avons en effet cherché ce que le contact avec l’eau sous toutes ses formes et avec le littoral pourrait induire en termes de chorégraphie, de qualités de gestes et d’états de corps. Plus qu’un partenaire de danse, l’Océan a été appréhendé comme un milieu où plonger la danse pour sonder en quoi la submersion pourrait bien déplacer ou déstabiliser, entraver ou désencombrer, troubler ou encore empuissanter, le fait de danser et de filmer avec l’Océan. En cela, l’Océan a joué un rôle majeur en termes d’agentivité et de co-composition. Travaillant dans une démarche écopoétique, cherchant une posture mue par la modestie et la prise en compte de nos vulnérabilités plutôt que de domination par le biais d’une maîtrise technique ou technologique, nous avons en outre choisi d’expérimenter en restant au plus près des limites imposées tant par l’Océan que par notre nature humaine, soit avec le moins possible d’équipement et d’entraînement. Mettant en scène de devenirs-océaniques et des chorégraphies spontanées, voire involontaires, le film et la photographie entrent en résonance afin de diffracter la diversité naturelle et culturelle des formes qui émergent de l’Océan et dessinent des existences post-humaines. Cette exploration collective vise à induire, par contagion somatique et par le biais d’échos poétiques, un sentiment de reconnaissance des interdépen-danses multispécifiques qui nous rattachent à l’Océan.
Le texte « Staying Afloat », signé par Béné Meillon, consiste en un travail de plume nourri de deux séjours de terrain exploratoire en Amérique du Nord, toujours dans le Nord-ouest Pacifique. Il a été conçu comme un texte à mi-chemin entre une nouvelle et un essai de « narrative scholarship ». Il entremêle ainsi un récit de terrain à des questions de recherche, en même temps qu’il poétise certains soubassements théoriques et conceptuels qui sous-tendent la démarche écopoétique de l’ensemble. Ce texte a été publié en décembre 2025 dans le Journal of the Short Story in English, dans une section thématique dédiée à des nouvelles « bleues ». A l’instar de l’exposition dans son ensemble, ce travail d’écriture explore des façons alternatives de pratiquer la médiation scientifique dans l’espoir de toucher un public plus large, en faisant notamment appel aux cordes sensibles qui nous relient à l’Océan et à nos origines aquatiques.
Réalisé sur une période de deux ans et demi, ce projet a été conçu et dirigé par Béné Meillon (Professeure des Université rattachée au 3 L.AM, Université d’Angers), spécialiste d’écopoétique et de littérature anglophone et directrice du programme de recherche Sea More Blue.
Ce projet tentaculaire et collectif repose sur la participation de : Clotilde Amprimoz, danseuse et réalisatrice professionnelle qui dirige l’association Choréactif, basé à Clermont-Ferrand ; Justine Dumay, Professeure des Universités à Nantes Université et membre pilier du programme de recherche Sea More Blue, spécialiste de biochimie marine et plus particulièrement des algues ; Guillaume Duron, Professeur de dance et d’activités sportives à l’Université d’Angers ; et enfin Caroline Granger, Docteure en études anglophones et qui enseigne l’anglais et histoire des arts dans le secondaire. La collecte de perles réalisée pour la bande-son du film et qui irrigue en partie le texte « Staying Afloat » a été permise grâce aux entretiens menés par : Clotilde Amprimoz ; Mascha Canaux, doctorante au 3 L.AM, à l’Université d’Angers, et au CEFREM, à l’Université de Perpignan, spécialiste des imaginaires de la jeunesse et qui développe une lecture écopoétique des vies planctoniques; Béné Meillon ; et Lucie Véjux, étudiante en M2 du Master Humanités Environnementales de Nantes Université et stagiaire au sein de Sea More Blue durant l’année 2024-2025.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Bénédicte Meillon (20 mai 2026). Film: Dancing Bodies of Water, projet de recherche-création dirigé par Béné Meillon. Écopoétique. Consulté le 8 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/168wn
